Vous connaissez l’histoire par cœur et rien n’a bougé. C’est logique : ce n’est pas au récit que la trace s’est attachée.
Beaucoup de personnes arrivent en ayant déjà beaucoup parlé : elles savent expliquer, elles ont fait les liens, et le quotidien n’a pas changé pour autant. Cette page appartient à la vue d’ensemble de ces suites.
Il n’y a rien d’irrationnel là-dedans : ces réactions obéissent à une autre mémoire que celle qui raconte, et cette mémoire ne se met pas à jour en écoutant des arguments.
Nous avons plusieurs mémoires. Celle qui raconte est consciente et datée. Une autre est faite de gestes, de postures et de réflexes : la mémoire procédurale, celle qui permet de conduire ou de faire du vélo sans y penser. Elle ne contient pas une histoire, mais un état.
Lors d’un événement où le corps s’est défendu, a fui ou s’est figé, c’est cette seconde mémoire qui enregistre la configuration du moment. Comme elle ne date rien, elle ne sait pas que c’est passé : un fragment suffit (une odeur, une voix, une lumière) pour qu’elle remette tout en place. Le récit, lui, s’adresse à l’autre mémoire.
Quand la situation a duré des années, ces configurations finissent par passer pour un caractère. Maintenues, elles ressemblent à une garde qui ne se baisse plus. Et dans les premières semaines après le choc, elles sont souvent le premier signe que quelque chose ne s’est pas remis en place.
Puisque la trace est dans le corps, c’est là qu’on travaille. Vous n’aurez pas à raconter : le récit n’est pas la voie d’accès. On part de ce qui est observable maintenant : ce qui se tend quand on approche du sujet, la position de la nuque, le moment où le souffle se suspend.
On installe d’abord des points d’ancrage, puis on s’approche par très petites quantités, en revenant chaque fois au calme, pour laisser aller à leur terme des mouvements restés en suspens, souvent minuscules.
Le cadre d’une séance et sa réservation sont détaillés à part.
Au contraire. Mettre des mots remet de l’ordre et soulage souvent. Cela agit simplement sur une autre mémoire que celle qui tient les réactions corporelles, et les deux travaux ne s’opposent pas.
Des réactions peuvent se déclencher sans souvenir conscient associé. Je me garde en revanche d’en tirer la moindre conclusion sur ce qui s’est produit : reconstituer un passé à partir de sensations n’est ni fiable ni souhaitable, et ce n’est pas ce qu’on fait ici.
Non. Une configuration maintenue n’est pas une lésion. C’est un apprentissage qui a eu sa raison d’être et qui n’a pas été mis à jour.
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